Plus de 50 ans après que Jacques Cousteau ait filmé les récifs du Soudan, lors du tournage des films “Le Monde du Silence” et “Le Monde sans Soleil”, l’Equipe Cousteau a rassemblé un réseau de partenaires et une équipe multidisciplinaire pour mener l’étude la plus complète des côtes soudanaises et de son environnement sous-marin jamais réalisée. Pendant cette étude, les experts ont évalué les conditions initiales du système côtier pour concevoir un plan de Gestion Intégrée des Zones Côtières (GIZC).

phpThumb_generated_thumbnailjpg (3)

L’étude principalement financée par la Commission Européenne est un des premiers stades d’un projet plus large. Il a pour but de s’attaquer à la réduction de la pauvreté et à la résolution des conflits en lien avec l’utilisation des ressources fragiles de l’environnement côtier Soudanais. À la suite de l’expédition commémorative en Mer Rouge de 2004, l’Equipe Cousteau a rassemblé un consortium de partenaires incluant l’Organisation Régionale pour la Protection de l’Environnement de Mer Rouge et du Golfe d’Aden (PERSGA), l’UNESCO, l’UNIDO, CORDIO, l’Université de la Mer Rouge et African Parks Foundation. Leur objectif était de travailler avec le gouvernement de l’Etat de la Mer Rouge pour établir une Gestion Intégrée de la Zone Côtière dans ce pays, et développer les compétences locales en termes de gestion des écosystèmes. La première étape du projet consiste en un état des lieux du littoral au niveau des actifs naturels mais également de la situation socio-économique et juridique dans ses zones côtières.

Qu’est ce que la GIZC ?

La Commission Européenne définie la Gestion Intégrée des Zones Côtières (GIZC) comme : “Un processus continu de gouvernance destiné à promouvoir le développement durable et la conservation dans les zones côtières et ainsi maintenir leur biodiversité. Pour cela, la GIZC cherche, grâce à une gestion plus efficace, à établir et maintenir la meilleure utilisation des zones côtières et des niveaux de développement et d’activité durables, et améliorer au cours du temps le statut physique de l’environnement côtier“.

Le contexte

phpThumb_generated_thumbnail (1)Une longue instabilité (37 années de guerre sur les 48 ans d’indépendance) a laissé la plupart du Soudan, dont l’Etat de la Mer Rouge, dans un contexte politique, économique, social et environnemental en déroute. Le contexte politique régional actuel fournit un arrière-plan spécifique au projet Cousteau. Après 10 ans d’insurrection armée, les rebelles de l’Est du Soudan ont signé un accord le 14 Octobre 2006 dans lequel le gouvernement centrale soudanais leur offre un partage du pouvoir. Cet accord est appelé l’Accord de Paix de l’Est du Soudan (ESPA – Eastern Sudan Peace Agreement), qui fut développé comme une suite de l’Accord global de paix (CPA – Comprehensive Peace Agreement) de 2005 signé avec les rebelles du Sud et inclus dans la Constitution National Provisoire (INC – Interim National Constitution).

L’Accord de Paix de l’Est du Soudan (ESPA) expose spécifiquement des clauses et conditions liée à la GIZC:
Le peuple du Soudan, incluant le peuple de l’Est du Soudan, doit avoir droit à un environnement propre et diversifié. L’État ne peut suivre aucune politique ou entreprendre des actions qui affecteraient négativement l’existence d’une espèce, d’un animal ou d’une plante ou leur habitat naturel ou adoptif. Les meilleures pratiques connues d’utilisation efficace des ressources et de gestion de l’environnement doivent être adoptées.” (ESPA, 2006 : Articles 19, points 50).
Les négociations de paix ayant menées au CPA et à l’ESPA représentent une opportunité historique d’améliorer le développement humain et de le lier aux  questions environnementales. De nombreux conflits découlent d’une compétition pour l’utilisation des ressources et de leur destruction. Une utilisation planifiée coopérative et soigneusement suivie est primordiale pour surmonter et prévenir de nouvelles tensions. Durant les 30 dernières années, la sécheresse et la famine ont dominé dans cette région du Monde. L’impact sur l’environnement inclut sa destruction dans les zones rurales et marines, la demande pour leurs ressources augmentant (e.g. bois de chauffage et charbon, bétail et pêche), accélérant donc la dégradation de ces ressources.

Le Projet GIZC Cousteau au Soudan

Le projet GIZC représente donc une initiative phare s’attaquant aux problèmes à l’origine de la pauvreté et de la dégradation de l’environnement et en conséquence, lier la conservation de l’environnement marin et côtier du Soudan a l’amélioration de la qualité de vie pour les communautés de l’Etat de la Mer Rouge.

phpThumb_generated_thumbnailjpg (2)La GIZC supporte également la réalisation des obligations globales du Soudan liés aux accords multilatéraux sur l’environnement dont le pays fait partie, incluant la Convention sur la Diversité Biologique (CBD), les objectifs du Millénaire pour le Développement (MDGs) et le Plan d’Implémentation du Sommet Mondial pour le Développement Durable (WSSD), mais aussi les Conventions de l’Organisation Maritime Internationale (OMI), RAMSAR et la Convention des Nations Unies sur le Changement Climatique, parmi d’autres. Le projet fournit également un cadre pour atteindre la sécurité alimentaire, une subsistance durable, une réduction de la pauvreté, une amélioration des conditions sanitaires et une réduction de la vulnérabilité aux risques naturels, tout en préservant l’intégrité écologique et la santé humaine et environnementale à long terme.

Aborder ces questions tout en établissant les nouvelles structures de gouvernance nécessaires, demande une volonté politique très forte, des ressources suivis, et un engagement collectif des différentes parties prenantes : non seulement les autorités mais aussi la société civile, la communauté internationale et le secteur privé.

L’étude (Phase 1) menée pour le Projet de GIZC en Mer Rouge a mené à :

  • Une vue d’ensemble des habitats côtiers et de la biodiversité de l’Etat de la Mer Rouge (750 km de côte) : une étude des habitats côtiers marins et terrestres a été menée sur plus de 60% de la côte. Cet effort a permis de cartographier les habitats et d’identifier les questions clés liées aux habitats et espèces sensibles et à l’exploitation des ressources vivantes.

  • Une description de l’environnement socio-économique et ses liens spécifiques aux questions concernant les moyens d’existences dans les zones côtières : des données socio-économiques ont été recueillies et rassemblées dans une base de données et les interventions possibles concernant les sources de revenues et les moyens de subsistance dans une zone pilote, le Parc National Marin de Dungonab. En partenariat avec l’UNESCO, une première formation a été apportée au secteur de l’éducation de l’Etat de la Mer Rouge afin de les préparer aux réformes nécessaires des programmes pour permettre la mise en place d’une politique d’éducation incluant celle à l’environnement.

  • Une description des aspects légaux et de gouvernance liées, en privilégiant une approche intersectorielle de la zone côtière dans l’Etat de la Mer Rouge : les principaux résultats ont été la création d’un Bureau officiel de la GIZC à Port-Soudan regroupant les représentant de divers ministères actifs sur le zone côtière, un rapport légal préliminaire sur la législation existante encadrant les questions environnementales et le développement durable, une évaluation de la gestion des risques industriels et de la navigation et la mise en place du premier stade d’un Système d’Information Géographique (SIG) pour l’Etat de la Mer Rouge, comme outil d’aide à la prise de décision.

Fournir aux décideurs soudanais les outils et les informations nécessaires pour la gestion du développement attendu de la zone côtière, tout en protégeant son héritage naturel unique, est l’objectif porté par l’ensemble du projet.